Histoire · 7 min de lecture

L'histoire de la pastilla, joyau de Fès

De l'Andalousie médiévale aux tables niçoises : l'incroyable voyage de la pastilla, plat sucré-salé le plus surprenant de la cuisine marocaine.

Par Amal · Publié le 9 avril 2026

La pastilla (ou b'stilla) est sans doute le plat marocain le plus déroutant pour qui n'y a jamais goûté. Une tourte croustillante en feuilles de brick fines comme du papier, garnie d'une farce mijotée de volaille, d'amandes torréfiées et d'œufs… le tout saupoudré de sucre glace et de cannelle. Sucré et salé en même temps. Étrange ? Délicieux.

Mais d'où vient cette recette unique au monde ? Comment s'est-elle imposée comme le plat des grandes occasions au Maroc ? Et pourquoi son nom ressemble-t-il étonnamment à un mot espagnol ? Suivez Amal, cheffe du Délice d'Amal à Nice, dans le voyage d'un millénaire.

Une recette née en Andalousie

L'histoire de la pastilla commence loin du Maroc, dans l'Al-Andalus — l'Espagne musulmane du Moyen Âge. Aux Xᵉ et XIᵉ siècles, Cordoue, Séville et Grenade sont les capitales culinaires du monde occidental. Les cuisiniers andalous y inventent des préparations d'une sophistication inégalée, mêlant influences arabes, berbères, juives et chrétiennes.

Parmi ces créations : une tourte en pâte fine farcie de viande et d'amandes, sucrée à la cannelle. Le mot espagnol pastilla (« petite pâte ») désigne déjà à l'époque ce type de préparation. C'est l'ancêtre direct de notre pastilla marocaine moderne.

Quand, à partir du XIIᵉ siècle, les musulmans d'Al-Andalus sont progressivement chassés de la péninsule ibérique, beaucoup trouvent refuge au Maroc, principalement dans les villes de Fès, Tétouan, Rabat et Salé. Ils apportent avec eux leurs traditions, leur langue, leur architecture… et leurs recettes.

Codifiée à Fès, capitale culinaire du Maroc

C'est à Fès, fondée en 789 et devenue le centre intellectuel et gastronomique du Maroc, que la pastilla prend sa forme définitive. Les familles bourgeoises fassies l'adoptent, la perfectionnent, et en font le plat-roi des grandes cérémonies : mariages, naissances, fêtes religieuses, réceptions diplomatiques.

À l'origine, la pastilla était préparée avec du pigeon — une viande noble, grasse et goûteuse, idéale pour la longue mijotage. Aujourd'hui encore, dans les grandes maisons fassies, la pastilla traditionnelle se fait au pigeon. Mais la version au poulet, plus accessible, s'est démocratisée à partir du XIXᵉ siècle et est devenue la norme dans les restaurants.

Le génie de la pastilla, c'est la tension parfaite entre le sucré et le salé. La farce, mijotée pendant des heures avec ras-el-hanout, safran, gingembre et coriandre, est puissamment savoureuse. Le sucre glace et la cannelle saupoudrés au moment de servir adoucissent l'attaque, créent un contraste, et révèlent toute la complexité aromatique de la garniture.

Comment la pastilla est-elle préparée ?

La pastilla traditionnelle suit un protocole en plusieurs étapes, étalées sur deux jours :

Jour 1 — Le mijotage. La volaille (poulet ou pigeon) est mise à cuire pendant 2 heures dans une marmite avec oignons, gingembre, safran, ras-el-hanout, coriandre, persil et beurre clarifié. À la fin, on désosse la viande et on la concasse. Le bouillon de cuisson est réduit avec des œufs battus jusqu'à obtenir une garniture moelleuse et liée.

Préparation des amandes. Les amandes émondées sont torréfiées au four jusqu'à blondir, puis concassées grossièrement avec du sucre glace, de la cannelle et de l'eau de fleur d'oranger.

Jour 2 — Le montage. Les feuilles de brick (héritières directes des feuilles warqa marocaines, cuites une à une à la main sur une plaque chaude) sont badigeonnées de beurre clarifié, disposées en étoile dans un moule rond, garnies de la farce, des œufs et des amandes, puis refermées en aumônière.

La cuisson finale. La pastilla est dorée au four jusqu'à obtenir une croûte brun doré et croustillante. Au moment de servir, on saupoudre généreusement de sucre glace, puis on dessine des arabesques à la cannelle sur le dessus.

La pastilla aujourd'hui à Nice

Au Délice d'Amal, notre restaurant marocain à Nice (14 Boulevard Carlone), Amal prépare la pastilla selon la recette traditionnelle qu'elle a apprise auprès de sa grand-mère à Marrakech. Le mijotage prend l'après-midi, le pliage se fait à la commande, et chaque pastilla est dorée minute pour préserver le croustillant.

Nous proposons trois versions : la pastilla au poulet (la plus classique), la pastilla aux fruits de mer (une version niçoise revisitée, sans sucre, qui rend hommage à la Méditerranée), et la pastilla royale au pigeon et poulet, à commander 24h à l'avance pour les grandes occasions.

Si vous n'avez jamais goûté de pastilla, c'est un must absolu — le plat qui résume à lui seul mille ans d'histoire culinaire entre l'Andalousie, le Maghreb et la Méditerranée. Découvrez nos pastillas à Nice ou commandez-en une pour votre prochain événement.

Questions fréquentes

D'où vient le mot pastilla ?

Le mot vient de l'espagnol pastilla, qui signifie « petite pâte ». C'est un héritage direct de l'Al-Andalus (Espagne musulmane médiévale), où les cuisiniers arabes préparaient déjà ce type de tourte sucrée-salée. Au Maroc, on l'appelle aussi b'stilla en darija.

La pastilla est-elle salée ou sucrée ?

La pastilla traditionnelle est sucrée-salée. La garniture est savoureuse et épicée, mais on saupoudre de sucre glace et de cannelle au moment de servir. Ce contraste est la signature de la pastilla. Notre version aux fruits de mer, en revanche, est entièrement salée.

Avec quoi est faite la pastilla ?

La pastilla traditionnelle est faite de feuilles de brick (héritières des feuilles warqa marocaines), garnies de volaille (poulet ou pigeon) mijotée avec oignons, ras-el-hanout, safran, et liée avec des œufs. Le tout est complété par des amandes torréfiées au sucre et à la cannelle.

Pourquoi met-on du sucre sur la pastilla ?

Le sucre et la cannelle sur la pastilla sont une signature de la cuisine fassie, héritée d'Al-Andalus. Ils créent un contraste sucré-salé qui adoucit la garniture épicée et révèle la complexité aromatique de la viande mijotée. C'est un mariage qui surprend la première fois, puis qu'on réclame.

Où manger une vraie pastilla à Nice ?

Au Délice d'Amal, 14 Boulevard Carlone à Nice. Nous sommes l'un des rares restaurants à Nice à préparer la pastilla selon la recette traditionnelle fassie, avec feuilles de brick montées et cuites à la commande. À partir de 18€.

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Envie de tester ?

Venez nous voir au Délice d'Amal

14 Boulevard Carlone, Nice 06200 — Ouvert 7j/7 de 7h à 23h.

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